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Rétrospective du tour de france 1987 (le tour de jeff)

C’est fou comme les gens ont la mémoire courte… Si un événement ne les a pas marqués au fer rouge, Ils l’oublient, le mettent au placard et le ressortent lors de séquence « souvenez-vous ». C’est ce qu’on appelle la mémoire sélective, non ?

Le tour de France 1987 fait pour moi partie de ces tours oubliés, perdus dans une histoire, un palmarès qui force le respect. Et franchement, il y a ici une grande injustice, une impartialité que l’on peut mettre en doute. Il est peut-être l’un des plus intéressants concernant le suspense, l’indécision dans un monde du cyclisme pas encore gangréné par les affaires de dopage. Certes, le vainqueur de ce tour, Stephen Roche n’aura pas de lendemains glorieux (le one hit wonder du sport !) mais quelle bataille pour la victoire ! Il y a forcément un seul vainqueur et de nombreux perdants. Mais l’un d’entre eux fut heureux : Jean François Bernard.

Jean François Bernard aura marqué de son empreinte ce tour 1987 par son panache, ses coups d’éclats, ses coups de blues et surtout par sa spontanéité. Après un tour de France 1986 prometteur (12ème) dans une équipe La Vie Claire de haute volée (Lemond et Hinault), Il est désigné successeur de Hinault et surtout leader de l’équipe suite à l’indisponibilité de Lemond survenu après un accident de chasse. Dans un Tour 1987 sans favori qui sorte du rang, tout le monde a sa chance. Et Bernard la prendra.

Après un départ inédit (Berlin ouest), le tour connait une première semaine de plaine où les sprinteurs traditionnellement s’illustrent. Le premier tournant survient lors du contre la montre du Futuroscope le 10 juillet où Stephen roche affiche ses ambitions et sa force. ll ne fait pas de détail : tous les favoris sont distancés. Un petit français lui assombrit le tableau : Charly Mottet. « Petit charly » en effet termine deuxième de l’étape à 42 secondes de Roche. Cette performance lui vaut de prendre le maillot jaune ! « Jeff » lui finit à la sixième place, limitant les dégâts. Il est alors huitième du tour, à 5 minutes 31 de Mottet

Les Pyrénées vont mettre Bernard sur le devant de la scène. Dans la treizième étape, Il va faire un grand numéro pour finir deuxième de l’étape à 6 secondes de Breukink mais surtout 3 minutes 40 devant tous les favoris ! (Roche, Delgado, Herrera). Sa classe, son allant confirme tout le bien que l’on pensait de lui. Grâce à ce « coup », Bernard se retrouve à la deuxième place à 1minutes 52 seulement de Mottet. Mais Bernard paie ses efforts dés le lendemain où il termine à plus d’une minute derrière les grosses pointures. On se rend ici compte que La vie claire manque cruellement de coureurs compétents capables de secourir Bernard. Mal entouré et pêchant d’un excès de jeunesse, Bernard a la chance que ses concurrents se sont quelque peu regardés, ce qui a permis de limiter l’écart. Dans cette petite désillusion, Jeff se rapproche de la tunique jaune…

Arrive alors son quart d’heure de gloire lors du contre la montre Carpentras-Mont Ventoux du 19 juillet où il impressionne tout le monde. La France croit tenir son nouveau champion. Les dires d’Hinault semblent se confirmer : Bernard est amené à devenir un grand. Il devance Herrera et Delgado de plus d’une minute 30, Roche et Mottet de plus de 3 minutes et s’empare du maillot jaune. Mais cet engouement ne fera pas long feu…Le lendemain, Bernard est victime d’une crevaison qui l’oblige à faire une course poursuite derrière les cadors, qui ne répètent pas l’erreur des Pyrénées. Entamé physiquement et mentalement (un manque de charisme ?), il est bien seul avec une faible équipe qui n’arrive pas à le ramener devant. Résultat : il termine à plus de quatre minutes des leaders, perdant son maillot jaune et ses espoirs de victoire. La lutte pour la victoire se fera sans lui. Celle-ci se jouera entre Roche et Delgado ; Mottet ayant des carences en montagne.

Le deuxième nommé s’illustrera dans cette dernière semaine au point de porter le maillot jaune 4 jours. Mais Delgado qui se sait juste dans les épreuves de contre la montre ne parviendra pas à se mettre en sécurité avant le dernier contre la montre de Dijon le 25 juillet. Pire, en voulant parfois trop attaquer, il se fait avoir à son propre jeu lors de la 22ème étape arrivant à Morzine en perdant une poignée de secondes vis à vis de Roche. A veille de l’étape de vérité, son maillot ne tient qu’à 21 secondes…

Durant cette étape, Jeff refait parler de lui en ressuscitant littéralement au point de gagner devant tout le monde ! Lui qui semblait à l’abandon, meurtri, va avoir un sursaut d’orgueil, synonyme de beaucoup de regrets… Dans le mano à mano, Roche prend plus d’une minute à Delgado pour endosser le maillot jaune. Cette fois, la messe est dite. Bernard, au profit de sa victoire réussit à se hisser à la troisième ; belle performance au demeurant mais aurait mérité mieux.

Ce tour 1987 a eu de nombreux rebondissements, avec un suspense haletant, où les trois premiers se tiennent en 2 minutes (!). Après la fin de l’ère Hinault, on pensait vivre une période incertaine, sans hiérarchie. Ce tour nous l’a confirmé, avec en prime une once d’espoir tricolore avec Bernard et Mottet ( qui finit quatrième).

Malheureusement, Jeff n’aura pas les épaules assez larges et les conditions adéquates (quelle poisse !) pour refaire un tour de la sorte. L’année 1988 sera sa grande désillusion avec un abandon au tour d’Italie qui lui était promis (leader et vainqueur de 3 étapes) et surtout un abandon au tour de France les larmes à l’œil. Il ne s’en remettra jamais vraiment. 1989 est ainsi une année blanche, une traversée du désert. Ce n’est que grâce à un changement d’équipe en 1991 (Banesto) que notre homme retrouvera ses lustres d’antan en finissant notamment 14ème du tour et en remportant Paris Nice en 1992 (Où il avait fini 2ème en 1987, tiens tiens…). Beaucoup verront en lui un espoir qui n’a jamais complètement concrétisé, d’autres verront un coureur attachant et classieux qui aura eu tout connu dans sa carrière.

Depuis Jeff est devenu consultant pour l’équipe, l’équipe TV et Eurosport.

Une course cycliste portant son nom, « la jean François Bernard » a même été créée en 2005 sur les terres de son enfance, le nivernais. Preuve que ce coureur classieux a su garder une côte de sympathie.

 

wapodium87.jpg

Le podium de 1987 avec de gauche à droite Delgado, Roche et Bernard

  1. birdy
    février 29, 2016 à 2:34

    bonjour. Bel article. Mais je ne crois pas que ce tour soit un tour « oublié ». Les tours de 1981 1982 1983 ( 3 victoires  » facile » de hinault) semblent plus anodins, ou le tour de 1988 sans beaucoup d’intéret ( si ce n’est l’affaire Delgado). Le tour 1987 est le Tour de Roche et son triplé, le tour de « Jeff » et puis un match à 3 Roche/Delgado/Bernard, trop rare dans l’histoire pour être souligné. Ce tour est de la même envergure, je trouve, que ceux de 1983 ( première pour Fignon) 1984 ( duel fignon hinault) 1985 et 1986 ( duels hinault Lemond) et 1989 évidemment !

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